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MAITRESSE ATHENA : "J’ADORE
L’HOMME EN GENERAL"
A Bruxelles où se trouve son donjon, Maîtresse
Athéna fait partie des dominatrices les plus connues de la
capitale. Elle a du chien et un charme fou. Elle a aussi 13 ans
d’expérience et parle de ses jeux avec un plaisir
contagieux. Quand je la rencontre pour la première fois
– lors d’une soirée fetish à la Galerie
d’enfer -, Maîtresse Athéna vient
accompagnée d’un soumis costaud et branché, qui
arbore fièrement son collier de chien et son T-shirt «
International trampling association ». Il adore se faire
marcher dessus, se faire bourrer de coups dans les parties
génitales et sentir les talons qui le clouent au sol. Il me
montre d’ailleurs le bon boulot de Maîtresse
Athéna, en relevant son T-shirt, pour exhiber sa peau
marquée… Elle sourit. Généreuse,
enthousiaste, Athéna parle de la domination comme d’un
art du partage.
Quand avez-vous découvert que vous
étiez dominatrice ?
Jeune, très jeune. Vers 18 ans en allant voir «
Histoire d’O » au cinéma. Quand je l’ai vu,
j’ai dit : « Jamais je ne serai comme O ». Et
puis je suis allée voir « Ilsa la louve des SS ».
Mes parents n’étaient pas au courant.
C’était du cinéma pour adulte à
l’époque.
J’ai été élevée dans une famille
très catholique. Je suis issue de la bourgeoisie belge. Je
montais à cheval énormément, j’avais mes
propres chevaux.
Un soir, j’étais avec des amis dans un «
bar-vitrine » de ce quartier de la gare du nord où les
filles se mettent en vitrine pour la prostitution (le quartier
des Maillons, NDLR)… J’allais souvent boire un
café là, parce que j’adorais les maillons le
soir… Je me trouvais là et puis quelqu’un est
arrivé devant moi et m’a dit : « vous êtes
une dominatrice, je le vois dans vos yeux. Je voudrais que vous
me fouettiez, que vous me crachiez en bouche et que vous vous
asseyiez sur mon visage ». Je l’ai fait. J’y ai
pris un malin plaisir. Et j’ai commencé à prendre
goût à ça. J’ai eu un esclave puis deux,
puis trois…
J’ai été entretenue par un homme qui est devenu
mon esclave mais pas trop longtemps. J’ai
continué… Ma famille n’a jamais rien su.
Quand avez-vous décidé de
créer un donjon ?
J’ai commencé quelque chose de tout petit : 25
mètres carrés. C’était il y a 8 ans.
Le déclic ? Un esclave à moi, qui m’a dit :
« Allez vas-y lance-toi »
Ce sont des concours de circonstances…
Mon donjon est situé en plein centre de Bruxelles.
D’où vient votre nom de guerre
?
Mon vrai nom c’est Françoise et jusqu’en
novembre 2005, j’étais connue en Belgique sous le nom
de Maîtresse Françoise. Mais quand j’ai voulu
créer mon site internet, cela a posé un
problème… C’est Maîtresse Françoise
(de France) qui m’a trouvé le prénom
Athéna.
C’est un honneur pour moi !
Et puis il me va très bien.
C’est difficile de trouver un
prénom qui ne soit pas déjà pris, n’est-ce
pas ?
Oui, c’est vrai. En Allemagne, c’est plus facile
qu’en Belgique ou en France. Beaucoup de dominatrices
allemandes prennent des noms avec Von : Rita von machin, Rita von
truc, donc à chaque fois le nom est différent,
même si elles s’appellent toutes Rita !
La pratique latine c’est le prénom seul, alors
c’est plus compliqué de trouver un prénom
original.
Pour vous, qu’est-ce qui est
important dans un nom de guerre ?
La féminité du prénom est très importante.
Mais surtout le rattachement à un fantasme mythologique ou
historique…
Au départ, je ne savais pas ce que le nom d'Athena
symbolisait. J’ai demandé qu’on fasse des
recherches et j’ai découvert que Athéna
c’était la déesse de la guerre. Ca m’a
beaucoup plu.
J’adore le cuir, la peau de bête. Je me ferai lionne
si je pouvais.
Qu’est-ce que vous appréciez
chez un soumis ?
Si je le rencontre lors d’une soirée fetish, par
exemple, qu’il me fasse un baise-main, qu’il demande
: « Maîtresse est-ce que vous acceptez de me faire
l’honneur de me marcher dessus »…
Qu’est-ce que vous aimez dans la
domination ?
J’adore l’homme en général. J’ai
toujours adoré l’homme. L’homme qui est à
mes pieds, l’homme correct, déférent,
respectueux…
Je ne supporte pas la vulgarité.
Pour moi un homme c’est beaucoup… Il doit y avoir un
feeling entre l’esclave et la Maîtresse. Un respect
mutuel.
Quelles sont vos préférences
?
J’en ai beaucoup : l’homme totalement soumis à
sa Maîtresse. Les bougies. La fessée. Le SM classique.
Le ball busting (il vaut mieux être chaussée pour
ça, si possible avec des chaussures pointues). Le trampling
des testicules. Je peux percer la peau d’un soumis avec mes
talons quand je lui marche dessus.
Vous aimez la féminisation ?
Oh oui ! J’ai des esclaves que je féminise
totalement…
J’en ai un qui se trouve en Espagne avec son épouse,
tous les jours il me téléphone : « Maîtresse
vous ne pouvez pas savoir à quel point vous me
manquez… Quel temps fait-il à Bruxelles ? » Il me
demande de mes nouvelles… Je lui réponds
sèchement : « Moi je suis bien, et toi tu es avec ton
épouse. » J’ai ma vie.
Vous préférez rester distante
avec les soumis ?
J’ai trouvé l’équilibre avec le SM. Je
n’ai plus rien de nerveux dans mes jeux. Au départ,
quand j’ai commencé, j’avais un grief contre
l’homme. Mais maintenant, je me sens bien dans ma
tête. Je ne vais pas massacrer les soumis qui se
présentent pour la première fois… Je leur demande
ce qu’ils recherchent et je fais en sorte d’y trouver
mon plaisir aussi. C’est important qu’il y ait un
partage. Mais c’est important aussi de poser ses
limites.
Il vous arrive de ne pas prendre de plaisir
pendant une séance ?
Dernièrement, j’ai reçu un soumis qui voulait
quelque chose de très précis, mais il le voulait tout
de suite, sur le champ, sans aucune préparation : il voulait
la douche dorée et le caviar. J’ai dit : « la
douche dorée OK. La scato il n’y pas que
ça… Il faut l’amener tout doucement, il faut une
mise en scène ». Mais lui il n’était pas
réceptif, il n’y avait pas de feeling.
J’étais très perturbée. Il continuait à
exiger que ça se fasse immédiatement alors que
j’essayais de créer du plaisir… J’aurais
pu faire exactement ce qu’il voulait – platement - et
le mettre dehors ensuite : vite fait, mal fait. Mais je
m’efforçais de créer un jeu à deux, un
fantasme à partager… Et ça n’a pas
marché. Il était dans son trip, moi ça ne
m’a pas plu, j’ai essayé de lui expliquer :
« Moi je n’ai pas pris mon plaisir, mais je peux
t’apprendre autre chose… ». Je ne l’ai
jamais revu.
Vous pouvez deviner à l’avance
si un soumis va être bien ou pas ?
Au téléphone il est impossible de savoir si ça va
bien se passer. Au téléphone, certains prétendent
être masos et extrêmes mais au premier coup de cravache
ils vont voir maman…
C’est seulement en face à face qu’on commence
à sentir. Lorsque je rencontre un soumis pour la
première fois, je le jauge. Mais c’est dans le jeu que
je peux vraiment voir s’il est bien. S’il n’est
pas bien, je lui dis : « Trouve-toi une autre Maîtresse
». C’est moi qui décide de le revoir ou
pas…
Quel est le profil type de vos soumis
?
Ils sont très cultivés. Très respectueux. Ce sont
des gens qui viennent de très bons milieux.
Ils aiment la Femme… Ils aiment la femme belle qui a de
l’esprit qui a de la culture…
Ce sont des hommes qui viennent toujours de
milieux cultivés ?
Oui, les soumis sont toujours des gens très bien. Jamais
vulgaires. Rien à voir avec les hommes qui fréquentent
les prostituées. Le problème, c’est que le SM est
devenu une mode : depuis quelques années, beaucoup de
prostituées deviennent « Maîtresses » parce
qu’elles pensent gagner plus d’argent et plus
facilement. Elles croient qu’elles peuvent dominer, mais
elles n’ont pas ça dans le sang. Elles
s’imaginent que donner 10 coups de cravache et mettre un
doigt dans le cul, c’est facile…
A cause d’elles, il y a une mauvaise image du SM.
Il y en a beaucoup ?
Je les appelle les « dominas pince-linge », parce
qu’elles n’ont aucune hygiène. Ce sont celles
qui sodomisent un homme avec le manche de leur fouet,
directement, sans mettre de préservatif. Vous imaginez
l’odeur du manche après ? Même quand on nettoie,
ça pue !
C’est quoi une bonne dominatrice
?
On est dominatrice dans le sang. On ne le devient pas.
Je connais des dominas qui se vengent sur les hommes. Elles
n’ont rien compris. Le SM, c’est un partage,
c’est un jeu.
C’est un regard, parfois. Ca passe dans les yeux, dans la
voix, dans la façon d’être…
J’ai des esclaves ils jouissent sans bander ! Ils
éjaculent sans avoir d’érection, tellement
c’est fort. L’orgasme est dans leur tête.
Moi je jouis quand je vois un esclave qui s’abandonne
complètement à moi. C’est une osmose. Ca peut
être une heure ou deux heures ou plus…
Comment faites-vous pour savoir ce
qu’un homme désire ?
En deux minutes je peux identifier le désir d’un
homme. Il faut être intuitif. Je parle aussi bien sûr.
Je demande ce que l’homme veut avant de commencer le jeu.
Je ne vais pas mettre en cage quelqu’un qui ne me le
demande pas ! Il faut qu’il y ait un plaisir mutuel.
Les soumis ont-ils des attitudes qui
varient en fonction de leurs fantasmes ?
Le soumis de Maîtresse Athéna intervient : « Le
soumis timide qui a du mal à parler, à
s’exprimer, c’est souvent un adepte du bondage, de
l’enfermement…
L’homme plus sûr de lui, c’est un maso profond,
quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’il veut
qu’on lui inflige comme douleur. Moi, je veux qu’on
me piétine par exemple. »
Athéna reprend la parole : D’une manière
générale, je reçois des banquiers, des chefs
d’entreprise qui ont de grosses responsabilités. Je
peux les mettre sur la croix de St André, jouer avec leurs
seins. Ils veulent se défouler chez moi : ils se font
engueuler, ils reçoivent des coups. Quand ils sortent de
chez moi, ils disent : « Maintenant je peux aller à ma
réunion, je sens que ça va bien se passer ils sont bien
relax… ».
J’ai un esclave, je lui mets une cage à bite, parce
que comme ça il arrive à mieux à travailler au
bureau. S’il n’a pas de cage, il se touche, il se
concentre moins. Il a tellement de responsabilités ! Il
bande, il pense toujours au sexe, alors je lui mets la cage pour
l’obliger à se concentrer sur son travail.
Ah bon ? Je pensais que c’était
le contraire : il me semblait que la cage à bite
empêchait la personne d’oublier son sexe, et le
forçait à se focaliser dessus ?
Non, lui, c’est le contraire.
Il sait que son cadeau c’est qu’il pourra jouir quand
je lui aurai enlevé sa cage.
Que pensez-vous des gens qui disent que
dans le SM il n’y a pas de sexe ?
Faux. Mes esclaves jouissent toujours à la fin d'une
séance. Ou alors c’est que j’ai mal dominé
!
Si ça ne faisait pas bander les dominateurs, ce ne serait
pas du SM. Si ça ne faisait pas mouiller les soumis(es), ce
ne serait pas du SM.
Quel est votre rythme de vie ?
Je commence à 11h du matin et je termine à 19h. Quand
j’ai fini, je ne suis plus du tout dans le jeu. Parfois on
me téléphone le dimanche, je ne réponds pas parce
que c’est ma vie privée.
Vous acceptez de recevoir plusieurs soumis
à la fois ?
Oui, s’ils sont d’accord. J’en mets un en cage,
un sur la croix et le dernier sur l’autre croix. Je
m’occupe d’eux à tour de rôle. Parfois,
quand il y en a qui sont bisexuels, je les oblige à se faire
des choses entre eux.
Vous acceptez les soumises ?
Je n’aime pas trop faire les soumises, parce que j’aime
trop l’homme ! Souvent ce sont des femmes qui viennent de
la part de leur maître ou faire plaisir à leur mari.
Dans ce cas-là, ça m’arrive
d’accepter… Parfois aussi, c’est un mari qui
vient avec sa femme pour que je lui montre comment dominer, pour
lui montrer les zones érogènes de son
épouse…
Vous aimez le médical ?
Je sais utiliser un autoclave, mais je ne pratique pas trop le
médical, je ne prends pas de plaisir avec la couture ni avec
les aiguilles ou les scarifications…
Vous aimez l’urolagnie ?
Oui, j’ai beaucoup de soumis comme ça. Je leur donne
de l’urine, dans une coupe de champagne, comme ça ils
sont obligés de tout boire. J’ai aussi des WC
spéciales, avec la tête du soumis à
l’intérieur et moi au-dessus : le seul problème,
c’est qu’ils peuvent recracher s’ils
n’ont pas envie de tout boire.
Votre urine est bonne ?
Je ne sais pas ! Je n’ai jamais goûté mon urine.
Mais puisque les soumis en redemandent, ça doit avoir un bon
goût… En tout cas, c’est un gage de bonne
volonté.
Vous buvez quoi pour avoir une urine qui a
bon goût ?
Je bois du café sucré ou du coca-cola light. Il
paraît que c’est très bon.
Et le champagne, vous avez essayé ? Je
sais que le champagne et les boissons aux édulcorants
ça donne une urine au goût de miel…
Je ne bois jamais de champagne.
Quels sont vos soumis
préférés ?
Ceux qui reviennent. Moi c’est à la longue : plus
l’esclave vient, plus je le sens, plus je lui
apprends… Ca va crescendo, chez moi.
Et puis, il y a des choses qui sont refoulées chez certains
soumis et il faut prendre son temps avec eux. Nous les
dominatrices, nous sommes des initiatrices. Nous leur faisons
comprendre leur sexualité, nous leur apprenons à se
connaître et à connaître leurs zones
érogènes.
Quelle zone érogène leur
faites-vous découvrir ? Il paraît qu’un très
grand nombre de soumis vont chez les dominatrices pour se faire
sodomiser, c’est vrai ?
Oui. La zone la plus érogène, chez l’homme,
c’est l’anus… le creux des reins et le
début de l’anus. Si on joue du doigt, au début,
sur l’anus, ils sont surexcités.
Il faut intégrer ça dans un scénario SM bien
sûr. Parce que sinon ce serait fini en 5 minutes ! Ils
éjaculeraient et après, impossible de faire quoi que ce
soit. Donc avant d’utiliser le godemiché, on joue avec
l’anus.
Même les hommes qui n’ont pas
demandé à être sodomisés, vous utilisez le
gode sur eux ?
Je regarde s’il y a une réception. Je joue autour de
l’anus et si ça réagit, je sens que je peux aller
plus loin. Les ¾ des soumis sont vraiment sensibles à
des jeux sur l’anus. Mais certains en ont honte, alors ils
n’osent pas demander.
Voilà pourquoi mes soumis, je leur mets souvent le masque :
pour qu’ils puissent se cacher… Pour qu’ils
changent de peau. Avec le masque, ils rentrent dans la peau de
quelqu’un d’autre.
Et vous, vous portez une cagoule parfois
?
Moi jamais ! C’est très rare que je porte un masque et
généralement c’est un loup. Moi, je suis une
dominatrice. C’est le soumis qui porte une cagoule. Il doit
voir les expressions de mon visage. Les ¾ ils baissent le
regard devant leur Maitresse, mais s’ils lèvent les
yeux ils doivent voir mon visage qui les fixe, mes yeux qui
ordonnent.
Vous avez des interdits ?
Oui. Un jour, un soumis m’a dit : « Je veux prendre de
la cocaine et je veux être soumis par vous après
». J’ai dit non. Chez moi, toute personne doit
être, premièrement consentante et de deux doit
être bien dans sa tête et les idées bien
claires.
Quels sont vos projets ?
Je vais à l’OWK du 13 au 16 septembre 2006 ! Ce sera
la première fois. C’est un esclave qui m’a dit :
« Il faut y aller Maîtresse, il faut y aller ».
J’avais un esclave qui y est allé trois fois et
c’était une expérience inoubliable pour lui. Ca
ne me disait rien, vraiment rien. A l’OWK, on ne peut pas
faire ce qu’on veut avec les soumis… Par exemple, on
ne peut pas leur mettre de gode. C’est un domaine qui nous
permet à nous dominas de jouer, mais surtout dans les jeux
très durs : on frappe, on fouette, on cravache. C’est
pour les masos.
Vous allez tourner une vidéo
là-bas ?
Oui ! Ils m’ont demandé de faire un scénario.
J’y vais avec trois esclaves.
Interview: Agnès Giard
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